Méthodes de travail

Préparer un entretien pour un livre

L’entretien donne accès à un point de vue situé. Préparer les questions et le suivi permet de conserver ce qu’une personne raconte sans transformer son récit en preuve de tout ce qu’elle évoque.

Dans ce guide

Écrire ce que l’entretien peut apporter

Formulez une question de recherche précise, puis ce que cet interlocuteur peut connaître directement. Une personne peut avoir assisté à une scène sans connaître les décisions prises ailleurs. Distinguez expérience vécue, information reçue et interprétation actuelle. L’entretien ne doit pas simplement confirmer un récit que vous avez déjà choisi.

Informer avant la rencontre

Présentez le projet, la place envisagée des propos et les conditions concrètes : prise de notes, enregistrement éventuel, citation ou identification publique. Clarifiez ce qui a été accepté et ce qui reste à discuter. Un accord pour parler ne se confond pas automatiquement avec un accord pour tous les usages. Ne promettez pas une validation générale du livre si seul un contrôle d’extrait est prévu.

Construire une progression ouverte

Commencez par des questions de situation, puis cherchez les épisodes, les actions et les détails que la personne peut décrire. Préparez des relances qui demandent un exemple ou une précision. Une question contenant déjà la réponse réduit la possibilité de découvrir un autre point de vue. Gardez une place pour ce que votre grille n’avait pas prévu.

Relances qui précisent la portée d’un propos
À clarifierRelance possible
ObservationQu’avez-vous vu ou entendu vous-même à ce moment ?
ChronologieQuel événement permet de situer ce souvenir ?
ProvenanceQui vous a transmis cette information ?
LimiteQu’est-ce que vous ne pouviez pas savoir alors ?
VérificationExiste-t-il un document permettant de vérifier ce point ?

Noter le contexte avec le propos

Conservez date, lieu ou mode de rencontre, personnes présentes et conditions de prise de notes. Repérez les hésitations et les moments où l’interlocuteur corrige sa réponse. Dans une transcription de travail, distinguez les mots effectivement prononcés de votre résumé. Un repère dans l’enregistrement aide à retrouver un passage sans parcourir toute la séance.

Revenir sur les points vérifiables

Après l’entretien, relevez les noms, dates et affirmations à documenter. Une contradiction ne doit pas être supprimée parce qu’elle complique le récit. Vérifiez si les personnes parlent de la même période ou de situations différentes. Si un point reste incertain, notez comment le texte le qualifiera. Demandez une précision ciblée plutôt qu’une approbation vague de toutes vos notes.

Préparer l’usage dans le livre

Choisissez les extraits pour leur fonction dans le raisonnement ou le récit. Conservez assez de contexte pour ne pas inverser une réserve ou une nuance. Suivez les contrôles et accords convenus, puis reliez chaque citation à sa fiche source. Le lecteur doit pouvoir distinguer le témoignage de ce que vous établissez par d’autres pièces.

Mettre la méthode à l’épreuve

Préparer une question attachée à une photographie

Choisissez une image utilisée comme point de départ d’un entretien. Avant de la présenter, séparez les éléments établis dans sa notice des noms et dates que vous cherchez à confirmer. Formulez la question de façon à ne pas inclure la réponse attendue. Dans un cas fictif, « Que reconnaissez-vous sur cette image ? » et « Est-ce bien votre oncle devant son atelier ? » ne donnent pas le même cadre à la parole recueillie.

Attribuez un identifiant à l’image et notez celle qui a été réellement montrée. Demandez ensuite d’où vient l’identification proposée : souvenir direct, information familiale ou rapprochement. Si un détail reste ambigu, gardez la lecture comme proposition à vérifier. Un témoignage peut enrichir la notice sans résoudre tous ses points ; conservez les autres pièces et les contradictions qui empêchent encore de conclure.

  • Ne pas transformer l’hypothèse du dossier en prémisse de la question.
  • Localiser la réponse dans la pièce montrée.
  • Distinguer reconnaissance, provenance du savoir et confirmation.

Préparer une relance qui ne présuppose pas la réponse

Choisissez un point encore incertain dans votre recherche. L’exercice permet de formuler une question précise sans pousser la personne à confirmer votre hypothèse.

  1. Écrivez ce que vous savez déjà, avec la pièce qui le soutient, puis ce qui manque. Séparez souvenir attendu, interprétation et renseignement matériel.
  2. Rédigez une question ouverte sur la situation, puis une relance demandant un repère : lieu, personne présente, document ou déroulement. Retirez les détails que votre formulation fournit elle-même comme s’ils étaient établis.
  3. Après la réponse, notez ce qui vient de l’expérience de la personne, ce qu’elle a appris ensuite et ce qu’elle ne peut pas préciser. Conservez le point encore ouvert au lieu de le remplir avec votre première hypothèse.

Contrôle de sortie : La relance produit un renseignement attribuable ou une limite explicite. Elle ne transforme pas l’accord de la personne avec votre formulation en confirmation indépendante.

À retenir : situez les propos, conservez leur contexte et vérifiez séparément les faits rapportés.

Dans le même parcours

Complétez avec le carnet des sources, la vérification des faits et le livre d’enquête.

Questions pratiques sur ce sujet

Comment éviter de suggérer une identification sur une photo ?

Présentez la pièce avec les repères établis, puis demandez ce que la personne reconnaît et d’où vient son savoir. Gardez votre hypothèse séparée de la formulation initiale.

Une nouvelle précision remplace-t-elle la première réponse ?

Conservez les deux moments avec leur date et leur contexte. Examinez s’il s’agit d’une correction, d’un ajout ou d’une autre interprétation avant de rédiger la synthèse.